Petit-déjeuner avec Jean-Dominique Senard, président de Michelin

Publié le 4 juin 2013

Le lundi 3 juin 2013 , nous avons eu le plaisir d’accueillir Jean-Dominique Senard, président de Michelin, sur le thème « La stratégie du géant du pneumatique et l’avenir du marché mondial de l’automobile »

jean-dominique-senard

. Les groupes industriels doivent avoir une base régionale équilibrée
. L’innovation sera le principal facteur de croissance de Michelin
. Il n’y a pas de fatalité à la désindustrialisation en Europe

D’ici à 2015, Michelin va investir chaque année l’équivalent de 2 milliards d’euros afin de renforcer sa base industrielle en Chine, en Inde, au Brésil mais aussi aux Etats-Unis, là où le marché automobile de la « première monte » continuera à progresser davantage qu’en Europe, a indiqué Jean-Dominique Senard, devant les journalistes de l’AJEF. Chacun de ces 4 investissements représente 600 à 650 millions d’euros. Il s’agit là d’une nécessité car « dans 15 ans, seules les entreprises industrielles bénéficiant d’une base régionale équilibrée continueront à aller de l’avant », a ajouté le Président-Gérant commandité de la multinationale du pneumatique qu’il pilote dorénavant seul (depuis mai 2012) après avoir été en double commande pendant un an avec Michel Rollier, nommé gérant commandité en 2006 après la mort accidentelle d’Edouard Michelin. Le groupe devrait ensuite poursuivre son programme d’investissements en 2016-2017 mais à un rythme plus modéré. Dans cette perspective, le marché chinois continuera à occuper une place importante, de même que les Etats-Unis « qui célèbrent actuellement leurs retrouvailles avec l’industrie » a-t-il affirmé.

Cette conquête de nouvelles parts de marché va de pair avec un effort tout particulier dans le domaine de l’innovation, l’un des points forts historiques de la firme de Clermont-Ferrand. « L’innovation qui représente quelque 10% du chiffre d’affaires, sera le principal facteur de croissance de Michelin », a souligné Jean-Dominique Senard. Le groupe investit actuellement 650 millions d’euros pour le seul secteur de la recherche-développement qui emploie 6000 personnes, sur un total de 111 300 salariés dans le monde (dont 22 500 en France), afin de faire face à « des concurrents puissants, notamment en Asie ».

Interrogé sur le débat économique et politique – français et européen – à propos de la désindustrialisation du continent M. Sénard a affirmé sa conviction qu’il « n’y a pas de fatalité dans ce domaine». Prenant l’exemple de l’Espagne qui « a retrouvé une compétitivité qu’elle n’avait pas » après une période économique extrêmement difficile, « La France et l’Europe peuvent tout à fait retrouver une industrie puissante ». Mais, ajoute-t-il, à condition d’aborder une indispensable période de « mutation industrielle en profondeur ». Ce qui, selon lui, implique pour la France « un environnement nouveau, économique, politique et social » qui permette de prendre réellement en compte les enjeux et d’y faire face.
Et pour Michelin, d’annoncer le 10 juin un plan de restructuration prévoyant l’arrêt de la fabrication de pneus poids lourds à Joué-lès-Tours et le regroupement de cette activité à la Roche-sur-Yon. Ce qui implique la perte de 730 emplois sur 927 à Tours. Une façon d’éviter le pire, mettre en danger plusieurs usines du groupe, a plaidé le gérant de Michelin qui a indiqué au Monde sa volonté de « créer environ 500 postes » en France.